Richard Lambert
analyser pour mieux comprendre
Œuvre de référence :
Saint Sébastien secouru par les anges – Giulio Cesare Procaccini (XVIIᵉ siècle).
Le point de départ de ce quadrimestre a été le choix d’une œuvre issue du Musée des Beaux-Arts de Bruxelles. J’ai sélectionné Saint Sébastien secouru par les anges de Giulio Cesare Procaccini, une peinture baroque italienne représentant le martyr chrétien après la scène de supplice.
Avant toute utilisation de l’IA, un travail d’observation approfondie a été nécessaire : posture du corps, composition en chiasme, rapport entre lumière et obscurité, rôle des anges, iconographie religieuse (périzonium, palme du martyre), ainsi que le contexte historique et symbolique de la figure de Saint Sébastien.
L’objectif du premier exercice était de recréer cette œuvre avec une IA uniquement à partir d’une description textuelle. J’ai donc dû traduire un regard d’historien de l’art en langage précis, structuré et exploitable par une machine.
ChatGPT
aide à la rédaction de prompts complexes
reformulation précise du vocabulaire visuel
Connaissances en histoire de l'art
vocabulaire spécifique (périzonium, chiasme, clair-obscur)
iconographie
Ce travail m’a appris à ralentir mon regard et à analyser une image dans ses moindres détails. J’ai compris que décrire une œuvre pour une IA revient à formaliser ce que l’on perçoit intuitivement. La précision du vocabulaire, notamment l’usage de termes issus de l’histoire de l’art, se révélera essentielle pour obtenir des résultats pertinents.
Expérimenter : générer, comparer, corriger
Génération d’images avec l’IA :
Après la phase de description, j’ai expérimenté la génération d’images à l’aide de Midjourney, en m’appuyant sur des prompts de plus en plus détaillés. L'objectif étant de recréer le tableau à l’aide d’une IA uniquement à partir d’une description textuelle. Très rapidement, des écarts sont apparus entre mon intention et les résultats produits : confusion iconographique (Saint Sébastien interprété comme Cupidon), erreurs de posture, transformation du martyre en scène mythologique.
Au fil du quadrimestre, j’ai appris à maîtriser différents paramètres de génération d’images (format, variations, upscale, modification de zones, images de référence). Chaque nouvelle image devenait une étape supplémentaire dans le processus créatif.
L’IA s’est progressivement imposée comme un outil de recherche visuelle plutôt que comme un générateur de résultats immédiats. Le processus s’est rapproché d’un travail de retouche ou de sculpture numérique.
L'oeuvre illustrant cette démarche est une tentative de reproduction du tableau original par le seul pouvoir du prompt.
Midjourney (via Discord)
/imagine
prompts textuels
--ar (ratio d’image)
V1–V4 (variations)
U1–U4 (upscale)
ChatGPT
aide à l’optimisation des prompts
comparaison des formulations
J’ai compris que l’IA ne reproduit pas une œuvre, mais l’interprète à partir de bases de données visuelles. Le processus créatif devient alors itératif : tester, observer, corriger, reformuler. Cette étape m’a appris à accepter l’erreur comme partie intégrante de la création, et à considérer l’IA comme un partenaire imprévisible plutôt qu’un simple outil.
Lecture critique et méthodes de créativité :
À partir des images générées, j’ai entamé une réflexion plus conceptuelle autour de l’œuvre. En dialoguant avec l’IA, j’ai exploré les thématiques traditionnelles du tableau (martyre, foi, rédemption), mais aussi une lecture contemporaine et personnelle : celle de la vulnérabilité du corps exposé au regard.
L’utilisation de la méthode SCAMPER (Substituer, Combiner, Adapter, Modifier, Proposer d'autres usages, Éliminer, Réorganiser) m’a permis de générer de nombreuses pistes créatives. C’est dans ce cadre qu’est née l’idée centrale de mon projet : associer le nu classique de Saint Sébastien à des dispositifs de surveillance contemporains.
Le corps martyrisé devenait alors une métaphore du corps moderne surexposé : observé par les réseaux sociaux, les caméras, les écrans, et les systèmes de contrôle.
Les images qui suivent illustrent différentes étapes de ma recherche créative.
Réinterpréter : lecture contemporaine et créativité
Midjourney (via Discord)
génération de l’image finale contemporaine
contrôle de l’atmosphère, lumière, symbolique
ChatGPT
méthode SCAMPER
génération d’idées contemporaines
discussion critique autour du corps, du regard et de la surveillance
Cette étape m’a permis de dépasser la simple reproduction esthétique pour entrer dans une véritable démarche artistique. L’IA s’est révélée être un outil de réflexion et de projection, capable de nourrir une pensée critique et de m’aider à formuler des idées que je n’aurais pas nécessairement développées seul.
Créer
Projet final : Sous surveillance - le martyre du regard
Le projet final prend la forme d’une œuvre contemporaine inspirée du Saint Sébastien original, intitulée Sous surveillance - le martyre du regard. Un corps masculin partiellement dénudé se tient au centre d’une structure métallique moderne. Une lumière froide, proche de celle des néons, sculpte sa silhouette, tandis qu’une lueur rouge vient troubler l’atmosphère. Autour de lui, des drones en suspension imposent leur présence oppressante, leurs lasers rouges pointant le corps comme autant de flèches dirigées vers ce martyr contemporain.
Le sacré laisse place à la technologie. La lumière divine devient projecteur. Les anges sont remplacés par des dispositifs de surveillance.
Cette œuvre a été conçue comme un dispositif audiovisuel destiné à un contexte muséal. Elle combine une image générée par intelligence artificielle, une ambiance sonore composée de sons de drones, et un montage vidéo respectant le format du tableau original. Le dispositif est pensé pour entrer en dialogue avec l’œuvre ancienne et être consulté par les visiteurs du Musée des Beaux-Arts de Bruxelles via l’application Artivive, directement depuis leur smartphone, où il apparaît en surimpression dans le cadre de l’œuvre originale.
DaVinci Resolve 20
montage image + son
création d’une vidéo en boucle
Artivive
diffusion de contenu numérique dans un contexte muséal
Ce projet m’a appris à penser une œuvre comme un ensemble cohérent mêlant image, son, espace et temporalité. Il m’a également permis de questionner la place du corps dans nos sociétés contemporaines : corps magnifié mais contrôlé, visible mais déshumanisé. L’IA a amplifié ma démarche artistique en ouvrant de nouvelles possibilités de narration visuelle.
Ce journal de création témoigne d’un processus progressif, fait d’expérimentations, de doutes, d’erreurs et de découvertes. Travailler avec l’IA m’a obligé à préciser mon regard, à structurer mes idées et à assumer des choix artistiques clairs. Loin de remplacer la démarche artistique, l’IA l’a enrichie et s’est imposée comme un miroir critique de mes intentions, comme un catalyseur de créativité.